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Des filets vides qui créent de déplacement

Considéré comme une réalité des autres continents, le changement climatique se fait ressentir aujourd’hui sur le quotidien des populations tchadiennes surtout celles qui utilisent les ressources naturelles pour mener des activités de survie. Pour s’adapter aux changements climatiques, les pêcheurs qui vivent aux environs de N’Djamena sont obligés de migrer vers d’autres rives dans l’espoir d’attraper des poissons. C’est le cas du pêcheur Kosmadjingar Dingamnadji Elie, qui a quitté la rive de Klessoum pour se retrouver à Koundoul localité située à environ 25km à la sortie Sud de N’Djamena. Là, il réussit à mener trois activités à la fois, ce qui le permet de joindre les deux bouts. Nous sommes allés à sa rencontre. Reportage 

Des filets vides qui créent de déplacement
Le pêcheur Kosmadjingar Dingamnadji Elie, photo prise par Kouladoum Mireille Modestine, le 26 juin 2026 sur la rive du Chari dans la sous-préfecture de Koundoul.

Après plus de 08h d’attente sur la berge, Kosmadjingar Dingamnadji Elie, 57 ans, père de 10 enfants se présente enfin. Un seau d’eau à la main dans lequel se trouvent de fretins. C’est depuis 1982 à l’âge de 13 ans qu’il a commencé à pêcher, grâce à son père qui pratiquait ce métier. Installé sur la rive de Klessoum du fleuve Chari après avoir pris son indépendance de son père, Kosmadjingar n’arrive plus à attraper les poissons comme c’était le cas il y a trente à quarante ans en arrière. Il est contraint de quitter la rive de Klessoum pour s’installer sur la rive de Koundoul depuis plus de 3 ans dans un espace plus grand. 

Kosmadjingar raconte l’histoire de la pêche. Il y a quatre décennies de cela, il suffit de jeter deux à trois fois le filet pour remplir la pirogue. Seulement qu’il le vendait à vil prix. Pour lui, non seulement l’eau ne produit plus de poissons. Mais il y a également l’ensablement du fleuve et le tout couronné par la présence massive des hippopotames qui empêchent les pêcheurs de mener leurs activités en toute tranquillité. « Nous passons des heures au fleuve et allons jusqu’à vingt kilomètres d’ici pour pêcher mais il y a des jours où nous rentrons les mains bredouilles. La pêche ne donne plus et elle ne donnera pas au regard des constats faits par rapport au niveau des eaux et l’ensablement du fleuve. Avant, pendant les mois de septembre jusqu’à janvier, les poissons arrivaient en colonne et par espèces de sardines, tilapia et autres. De nos jours c’est difficile de remarquer cette présence », nous confie-t-il. 

Puisque les effets du changement climatique ont affecté les ressources naturelles halieutiques dont les poissons, Kosmadjingar adopte des stratégies pour s’adapter à ce changement. Il utilise les feuilles du palmier doum qui se trouvent dans son espace pour tisser des nattes traditionnelles qu’il vend. En plus de cela, il pratique l’élevage des petits ruminants, notamment les moutons. Il s’en sort pas mal avec ces trois activités qu’il exerce à la fois. Son vœu le plus ardent c’est d’avoir une motopompe afin d’ajouter le maraîchage à la liste de ses activités. En plus des effets du changement climatique qui agit sur les ressources naturelles, s’ajoutent les activités de l’homme. De l’avis de Kosmadjingar, les pêcheurs attrapent tout type de poissons voir les plus petits. « On ne laisse pas le temps aux poissons de grandir. Avant, on utilisait les filets de 4 à 5 doigts pour pêcher mais maintenant les pêcheurs utilisent différentes formes de filets. En plus de cela la pollution des eaux par les populations riveraines qui déposent des ordures ménagères et autres dans le fleuve », déplore-t-il. Edmond Maïna chef de division éducation environnementale au ministère de l'environnement de la pêche et du développement durable, photo prise par Kouladoum Mireille Modestine.

Pour Edmond Maïna expert en environnement par ailleurs chef de division éducation environnementale au ministère de l’environnement, de la pêche et du développement durable, les effets du changement climatique sur l’environnement avec ses risques extrêmes tels que les vents violents, les inondations, les sécheresses, l’ensablement, la hausse de la température et le tarissement des eaux provoquent des déplacements temporaires ou définitifs des personnes ou de groupes de personnes. Car, ces évènements extrêmes précités agissent sur les systèmes de production de l’agriculture, de l’élevage, de la pêche et de la biodiversité. L’expert en environnement de poursuivre que cela joue sur les revenues des personnes qui vivent de ces secteurs notamment celui de la pêche. De son avis, le lac Tchad qui avait une superficie de 25.000km carré dans les années des indépendances, se retrouve aujourd’hui à seulement 2000km carré. Les autres sources d’eau comme les fleuves Chari et Logone ne sont pas épargnés. « Certaines espèces de poissons, quand leur biotope est menacé dans leur niche écologique, ils ne peuvent plus vivre là. Il y a aussi les algues telles que la spiruline que le Tchad exploitait en son temps, mais avec le rétrécissement des eaux, il y a aussi la réduction des productions de ces algues et c’est l’économie du pays qui prend un coup », souligne-t-il.

Le changement climatique modifie l’environnement avec la dégradation des sols, la perte de la biodiversité, le manque de pâturage et d’eau. Tout cela est à l’origine du déplacement des personnes ou de groupes de personnes qui dépendent des ressources naturelles afin d’espérer mieux ailleurs. Ces déplacements peuvent être temporaires ou définitifs. A l’intérieur tout comme à l’extérieur du pays. Certains migrent dans les centres urbains pour se reconvertir en commerçants ou font le maraîchage sur les berges du fleuve. Les jeunes qui vivent dans la zone méridionale du Tchad quittent leurs villages parce que leur sol est devenu pauvre. Ils arrivent à N’Djamena on les appelle ‘’les fonctionnaires des rues de 40’’. D’autres encore partent vers le lac Filtri qui depuis quelques années connait lui aussi les effets du changement climatique. Tous ces déplacements constituent la recherche des réponses ou de stratégie d’adaptation au changement climatique.

Ces déplacements ne sont pas sans conséquence. Selon l’expert en environnement, les conflits peuvent naître entre éleveurs-agriculteurs, éleveurs-éleveurs autour des points d’eau et de pâturages et également entre éleveurs-pécheurs. Car dans leur déplacement, ils peuvent entrer et détruire les filets des pécheurs installés dans l’eau et un conflit peut naitre. Il demande au gouvernement de réguler le secteur de la pêche qui sera bénéfique pour tous. Si les poissons sont menacés de disparation, l’économie également prendra un coup. 

Kouladoum Mireille Modestine

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