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(Multimédia) En RDC, Ebola gagne des zones contrôlées par le M23 en l'absence de riposte coordonnée avec Kinshasa (PAPIER GÉNÉRAL)

KINSHASA, 24 mai (Xinhua) -- La progression d'Ebola dans l'est de la République démocratique du Congo (RDC) se complique avec l'apparition de cas dans des zones occupées par le Mouvement du 23 mars (M23), alors que le gouvernement congolais affirme ne pas correspondre directement à la riposte sanitaire avec le groupe armé.

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Des professionnels de santé désinfectent du matériel avant l'inhumation d'une victime présumée d'Ebola à Bunia, dans la province de l'Ituri, en République démocratique du Congo, le 21 mai 2026. (Xinhua/Str)

La progression d'Ebola dans l'est de la République démocratique du Congo (RDC) se complique avec l'apparition de cas dans des zones occupées par le Mouvement du 23 mars (M23), alors que le gouvernement congolais affirme ne pas coordonner directement la riposte sanitaire avec le groupe armé.

.Le ministre congolais de la Santé, Roger Kamba, a déclaré samedi lors d'une conférence de presse virtuelle que la question de l'accès sanitaire aux zones contrôlées par le M23 était désormais traitée à travers les mécanismes de médiation déjà dédiés à la crise dans l'est du pays. Selon lui, les négociateurs congolais ont été informés de la situation, mais la coordination nationale de la riposte n'a pas menée à des discussions directes avec le M23.

Le directeur général du Centre africain de contrôle et de prévention des maladies (CDC Afrique), Jean Kaseya, a pour sa part rappelé que l'Union africaine et le CDC Afrique étaient prêts à soutenir la riposte si le gouvernement congolais en faisait la demande, avertissant qu'une propagation importante du virus dans ces zones pourrait devenir un problème plus large, pour la RDC comme pour les pays voisins.

Une épidémie d'Ebola a été déclarée le 15 mai dans la province de l'Ituri, s'agissant de la 17e flambée dans le pays depuis 1976, la province figurant parmi les principales zones touchées. Elle s'est depuis propagée aux provinces voisines du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, comprenant certaines zones contrôlées par le M23, ainsi qu'à l'Ouganda, pays frontalier de l'Ituri.

Selon le dernier bilan, elle a déjà enregistré 867 cas suspects cumulés et 204 décès probables, dans un contexte marqué par l'absence de vaccin approuvé et de traitement spécifique contre cette souche.

GOMA ET BUKAVU SOUS PRESSION

A Goma, chef-lieu du Nord-Kivu et plus grande ville sous le contrôle du M23, deux centres de traitement d'Ebola de 60 lits chacun sont en cours d'installation. Des évaluations humanitaires estiment toutefois que ces capacités pourraient rapidement devenir insuffisantes si le nombre de cas suspects continuait d'augmenter.

Un centre de traitement a déjà été installé à Munigi, dans la périphérie nord de Goma, selon le M23, qui avait annoncé un cas confirmé le 17 mai. La ville est jugée particulièrement vulnérable en raison de sa densité, de la promiscuité dans plusieurs quartiers et sites de déplacés, ainsi que de l'accès limité à certains services essentiels.

Goma compte environ 750.000 habitants, dont plus de 333.000 déplacés internes et 154.000 réfugiés et demandeurs d'asile, selon des chiffres cités dans des évaluations humanitaires. Jeudi, le M23 a également annoncé un cas confirmé à Bukavu, chef-lieu du Sud-Kivu.

Le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés a indiqué que plus de deux millions de personnes étaient déplacées dans les provinces touchées de l'Ituri et du Nord-Kivu. Des responsables humanitaires redoutent que les mouvements de population ne compliquent le suivi des contacts et la surveillance épidémiologique.

Malgré l'insécurité, l'OMS affirme maintenir une présence à Goma. "Nous avons toujours une équipe à Goma, et nous continuons toujours à apporter un appui à la population", a déclaré Marie Roseline Belizaire, directrice régionale par intérim des urgences de l'OMS et gestionnaire de l'incident. "Nous n'avons jamais quitté Goma pendant toute l'insécurité, et nous allons donc continuer à rester pour soutenir la communauté que nous servons".

Le M23 affirme avoir pris des mesures de contingence pour éviter une propagation plus large du virus. Benjamin Mbonimpa, haut responsable du mouvement, a déclaré qu'une "coordination avec les équipes médicales est déjà en place" afin d'assurer une réponse rapide et de protéger la population.

UNE RIPOSTE FREINEE PAR LA GUERRE

Sur le terrain, des habitants et des acteurs sanitaires craignent cependant que le conflit ne ralentisse la lutte contre l'épidémie.

"Nous avons peur que la guerre rende les choses encore plus compliquées", a déclaré Zawadi Clarisse, une commerçante dans le centre-ville de Goma. "La plupart des médecins spécialisés dans la riposte à Ebola ne sont plus dans la région à cause de la situation actuelle. Les hôpitaux ne fonctionnent plus comme avant. Comment cela sera-t-il géré dans des circonstances aussi particulières?"

Un membre d'une organisation sanitaire locale a estimé qu'Ebola avait déjà suscité par le passé de fortes résistances communautaires au Nord-Kivu. Selon lui, la situation politique actuelle pourrait rendre une partie de la population encore plus réticente à se rendre dans les structures de santé.

Selon des sources humanitaires, l'insécurité persistante pourrait freiner la recherche des cas contacts, le déploiement du personnel médical, les campagnes de sensibilisation communautaire et l'acheminement d'équipements spécialisés.

La fermeture de l'aéroport international de Goma constitue un autre point de blocage. L'aéroport est fermé depuis la prise de contrôle de la ville par le M23, et sa réouverture fait depuis plusieurs mois l'objet de discussions politiques, parallèlement aux propositions de couloir humanitaire.

Le porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya, a déclaré que la fermeture des frontières et le maintien de la fermeture de l'aéroport compliquaient le transport des échantillons, des experts et du matériel médical. Selon lui, la riposte dans les zones du M23 doit être renforcée, notamment par l'envoi de personnel de santé et d'équipements spécialisés, mais "avec un aéroport fermé, c'est compliqué".

La propagation d'Ebola dans les provinces de l'est du pays a également ravivé les tensions entre le gouvernement congolais et le M23.

Des responsables congolais estiment que la présence de la maladie dans les zones hors contrôle gouvernemental est particulièrement préoccupante, le M23 ne disposant pas, selon eux, de l'expérience et des capacités nécessaires pour gérer une épidémie majeure.

M. Muyaya a déclaré vendredi lors d'un entretien avec un média français que le M23 n'avait "aucune expérience" dans la gestion des épidémies. La ministre des Affaires étrangères, Thérèse Kayikwamba Wagner, a également jugé la situation alarmante dans les zones du M23, affirmant que le groupe était "largement dépourvu" de moyens pour y faire face.

Le M23 rejette pour sa part les accusations de politisation de l'urgence sanitaire. Lors d'une conférence de presse à Goma, Freddy Kanyiki, épidémiologiste et responsable du mouvement chargé de coordonner la riposte contre Ebola dans les zones sous son contrôle, a déclaré que le M23 était prêt à coopérer avec tous les acteurs impliqués dans la réponse.

"Nous sommes prêts à collaborer avec tout le monde, sans aucune condition politique, afin de soutenir la riposte et de sauver les vies des populations menacées par cette pandémie", at-il dit.

 

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