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ATPE : quand la presse publique devient un monument au pouvoir

La récente décision d’ériger la rédaction de l’Agence tchadienne de presse et d’édition (ATPE) au nom du président de la République, Mahamat Idriss Déby Itno vient compléter la liste de la personnalisation des institutions Étatiques. Au-delà du symbole, cette initiative remet en doute l’indépendance de la presse publique au Tchad et sur la confusion persistante entre l’État, les institutions républicaines et le pouvoir exécutif.

ATPE : quand la presse publique devient un monument au pouvoir
Photo dr.

Dans une démocratie moderne, les agences de presse nationales ont vocation à servir l’intérêt général, à garantir une information pluraliste et à refléter la diversité des opinions. Elles ne devraient ni devenir des instruments de glorification politique ni porter l’empreinte personnelle d’un dirigeant en exercice. En attribuant le nom du chef de l’État à une structure médiatique publique, le pouvoir tchadien donne l’impression de transformer un outil d’information nationale en espace de célébration politique.

Pendant qu'on célèbre en grande pompe la personnalité du président de la République, la restriction des libertés publiques, fragilité du débat démocratique, concentration du pouvoir et difficultés socio-économiques sont persistantes. D'ailleurs, dans le classement mondial de la liberté de la presse 2026 publié par Reporters sans frontières (RSF), le Tchad occupe la 93e place sur 180 pays. Au vu des éléments évoqués supra, baptiser la rédaction de l’ATPE du nom du président relève davantage d’une stratégie de personnalisation du pouvoir que d’un hommage institutionnel légitime.

Les défenseurs de cette initiative évoquent le rôle du président dans la stabilité du pays et dans certains projets de modernisation des infrastructures publiques. Mais ces arguments peinent à convaincre car les institutions publiques doivent rester neutres et indépendantes des figures politiques du moment. Une démocratie solide ne se construit pas autour du culte de la personnalité, mais autour de la force des institutions.

Le risque est également symbolique pour les journalistes eux-mêmes. Comment garantir une réelle liberté éditoriale lorsque le siège même de leur rédaction porte le nom du chef de l’État ? Même en l’absence d’instructions directes, le message implicite peut être interprété comme une invitation à l’autocensure ou à la prudence excessive dans le traitement de l’actualité politique.

Au Tchad, où les médias indépendants font déjà face à des défis importants manque de moyens, pressions administratives et difficultés d’accès à l’information cette décision pourrait davantage fragiliser la crédibilité de la presse publique. C'est un recul supplémentaire pour la liberté de la presse et le pluralisme.

L’histoire politique africaine a souvent montré les limites des systèmes fondés sur la personnalisation du pouvoir. Les institutions durables sont celles qui survivent aux hommes et aux régimes. Donner à une agence de presse nationale une identité associée à un dirigeant en exercice brouille cette frontière essentielle entre service public et communication politique.

Le débat autour de l’ATPE dépasse donc largement la question d’un simple nom. Il interroge la place de la presse dans la société tchadienne, la capacité des institutions à demeurer neutres et la volonté réelle des autorités de promouvoir un espace démocratique ouvert.

La presse publique appartient à la nation, pas au pouvoir en place. C’est sur ce principe fondamental que se construit la crédibilité d’un État moderne et respectueux des valeurs démocratiques.

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