Wakit interpelle le pouvoir Tchadien sur son retrait de la CPI
À cinq jours de la célébration du 66ᵉ anniversaire de l’indépendance, la Coordination des Actions Citoyennes "Wakit Tamma" a publié une déclaration pour interroger la portée réelle du retrait du Tchad du Statut de Rome et appeler à une "souveraineté démontrée" plutôt que "proclamée"
Dans le texte rendu public mercredi, Wakit Tamma reconnaît d’emblée la légalité de la décision. L’article 127 du Statut de Rome reconnaît à tout État partie le droit de se retirer. "La légalité de cette décision ne fait donc pas débat", écrit le mouvement citoyen.
Mais pour Wakit Tamma, la question de l’opportunité reste entière. Le retrait, selon l’organisation, "crée une exigence supplémentaire de responsabilité". Plus un État revendique l’exercice exclusif de la justice, plus il doit prouver que ses institutions sont à la hauteur.
Le mouvement rappelle que la CPI n’intervenait qu’à titre subsidiaire. La compétence première revenait déjà aux juridictions tchadiennes. Avec le retrait, "la crédibilité de la lutte contre l’impunité reposera désormais presque exclusivement sur la capacité de la justice tchadienne à garantir son indépendance, son impartialité et son efficacité".
Wakit Tamma cite plusieurs dossiers tests : les événements du 20 octobre 2022, les conflits communautaires ayant fait de nombreuses victimes, et les affaires impliquant des responsables publics. Pour l’organisation, ces cas permettront de mesurer "la capacité des institutions nationales à établir la vérité, protéger les victimes, garantir les droits de la défense et assurer l’égalité de tous devant la loi".
Le collectif critique une lecture binaire du débat public qui opposerait "CPI contre souveraineté nationale". Pour lui, le véritable enjeu est ailleurs : "déterminer quel mécanisme garantit effectivement aux citoyens une justice indépendante, impartiale et crédible".
La déclaration admet les critiques adressées à la Cour pénale internationale : sélectivité perçue, difficultés d’exécution, dépendance à la coopération des États. Mais elle met en garde : "Les insuffisances d’un mécanisme international ne suffisent pas, à elles seules, à démontrer la supériorité du mécanisme national appelé à lui succéder".
"Une souveraineté qui ne garantit pas une justice crédible risque de demeurer une souveraineté proclamée. Une souveraineté qui protège effectivement les droits, sanctionne les crimes sans distinction et assure à chaque citoyen une égale protection devant la loi devient une souveraineté démontrée", conclut Wakit Tamma.
Max Lwangar rappelle ainsi le pouvoir à transformer l’acte de retrait en réforme concrète de la justice. Faute de quoi, prévient le mouvement, la souveraineté brandie le 11 août pourrait n’être qu’un slogan.